La licence de psychologie qui a changé ma vision du monde

Photo : Javier Trueba sur Unsplash

Mes études m’ont permis d’explorer un vaste champ s’étirant entre la biologie et les sciences sociales, le normal et le pathologique. Vingt ans plus tard, je suis frappée de constater leur rôle fondateur dans ma compréhension du monde et ma quête de solutions. Les anecdotes qui suivent témoignent donc d’une vision résolument légère et optimiste. Ou presque…


Avertissement : J’ai validé le DEUG, puis la licence sans objectif professionnel, par désir de mieux comprendre la condition humaine. Cet article qui cite quelques faits d’apprentissage n’a pas vocation à être rigoureux sur le plan théorique. Il parle avant tout de mon ressenti, de l’époque ou d’aujourd’hui, pas du contenu. Si mes propos sont imprécis ou erronés, je vous invite avec grande curiosité à les rectifier en commentaire ou par mail


1. Je me réjouis des limites du modèle scientifique

J’en ai fait des calculs statistiques… En me frottant à la méthode expérimentale (qui applique le même protocole exigeant en physique ou dans les sciences humaines), j’ai plongé dans un monde aussi chiant que passionnant, aussi efficace et utile qu’il peut être faillible

Avant la fac, j’entendais : « La recherche a prouvé… »

Mais, en fac de psycho, quelle surprise de découvrir qu’on ne peut pas tester l’hypothèse de la recherche : on retient qu’elle est vraie, simplement en testant et prouvant qu’une hypothèse « contraire » est fausse ! Jusqu’au moment où on ne peut pas dire que le « contraire » est faux, alors on ne peut pas dire non plus que l’hypothèse de départ est vraie. Vous suivez ?

Donc, il faut qu’une hypothèse soit conforme au modèle de recherche, et en plus on ne peut pas précisément démontrer si elle est vraie : alors, on ne peut pas tout tester ? Et on ne peut pas être précis sur le résultat ?

Ça fait du bien de renvoyer ce modèle qui domine le monde à ses impuissances. De le considérer, au même titre que les approches dites « alternatives » : comme un moyen de comprendre le réel, mais un réel partiel


2. Psychologie sociale et de la perception : je comprends l’individu soumis aux forces qui le dépassent

La psychologie de l’individu dans la masse… Voilà une discipline plébiscitée par les étudiants, tant elle apporte de découvertes sur le genre humain, auxquels ils ne s’attendaient sans doute pas en s’inscrivant en fac de psycho

« Les gens sont vraiment égoïstes. J’ai crié « à l’aide ! », mais personne n’a réagi ! »

Et justement, on apprend que si l’être humain ne réagit pas dans une situation d’urgence, c’est parce qu’il est dans une zone de flou qu’il ne perçoit pas. Ou alors, il ne veut pas se mettre en danger. Ou alors, c’est plus complexe que ça. En tout cas, la psychologie sociale nous invite à plus d’indulgence, en nous permettant de mieux comprendre les réactions humaines

« Je ne crois que ce que je vois ! » : ah bon ?

Un autre domaine, la psychologie expérimentale, nous fait passer une foule d’expériences ludiques, notamment sur la perception visuelle. Vous vous êtes d’ailleurs certainement déjà cassé la tête, en surfant sur Internet, à essayer de comprendre une image basée sur une illusion d’optique

Projetées au tableau d’un grand amphi – alors qu’elles étaient très peu connues au début des années 2000 –, elles provoquaient leur lot de stupeur ; nous invitant à considérer avec humilité notre pauvre cerveau manipulateur de nos perceptions :

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Si vous masquez les escaliers, percevez-vous la même différence de hauteur entre les personnages ? – Photo : ctribeiro sur Pixabay

3. Psychopathologie : j’embrasse souffrance et nuance, et le piège d’évaluer les autres

En voilà un champ océanique qui m’inspire, hier comme aujourd’hui, autant de répulsion que d’intérêt philosophique. Parce qu’il touche à la classification des personnes, plus ou moins malades ou en bonne santé, selon les normes d’une société que je considère « dysfonctionnelle »

Puisqu’il s’agit ici de « prendre soin », je retiens principalement de prendre en compte la question de la souffrance : celle que l’on ressent ou que l’on fait subir. Il ne s’agit donc plus d’être dans la norme ou pas, mais de se sentir bien

On nous enseigne une typologie de la personnalité et on nous dit : « oubliez-la ! »

Mais pour soigner, du plus grave au plus léger, il faut bien classer. Ce qui s’avère un génial paradoxe : plus on décortique finement les gens, plus on est incité à la prudence d’éviter de leur coller des étiquettes à priori, par crainte de confusion. On utilise divers outils, notamment un qui est controversé, qu’on nous a quand même enseigné

On nous a bien dit qu’il fallait l’utiliser avec prudence. Mais c’est comme écouter en boucle « Respire encore » de Clara Luciani, puis tout faire pour la chasser de ses oreilles : je n’ai pas pu m’empêcher de passer tout le monde à la moulinette de cette grille de lecture.

Heureusement, un jour, les philosophies orientales m’ont débouché l’âme

Le mot de Jiddu Krishnamurti

Ce n’est pas un signe de bonne santé que d’être bien adapté à une société profondément malade


4. L’individu pris dans un système : je développe ma vision globale

Alors que je m’intéressais à l’interdépendance entre les choses, je n’avais pas conscience que ma vision était d’avantage centrée sur l’attitude isolée d’une personne, indépendamment de son contexte plus large (comme une relation avec au moins une autre personne)

« C’est une égoïste » – « Tu ne m’écoutes jamais »

Et puis, l’approche systémique est venue m’éclairer sur ce genre de plaintes bien triviales : le comportement ou la souffrance d’un individu peuvent refléter ceux du groupe qui l’englobe (famille, entreprise…) ; ou 2 amis qui s’engueulent peuvent chacun être le miroir de l’autre

Et c’est ainsi que j’en suis venue à prendre en compte la responsabilité individuelle ET la responsabilité collective dans les dysfonctionnements et leur résolution


5. Le cerveau est flexible : entre 30 et 60 ans, je réinventerai ma vie !

Apprendre une langue, se former à un nouveau métier… Quelle bouffée d’air frais, d’entendre que malgré le vieillissement du cerveau débutant à 25 ans, un vaste champ des possibles s’ouvre à l’âge adulte

« Tout est joué dans l’enfance, je suis trop vieux pour apprendre » : faux, les vieux sont aussi performants que les jeunes !

En effet. Si on parlait, dans les années 2000, de la période entre 30 et 60 ans pour acquérir de nouvelles compétences, aujourd’hui on a bien repoussé les limites. Ma gratitude au site de formation en ligne Unow, qui transmet cette information

C’est fou comme j’ai pu me pourrir la vie avec la fausse croyance – envolée avec les mots d’un prof d’amphi captivant – que les jeux étaient faits, passés l’enfance. Et comme je m’arrache encore les cheveux à démentir ceux qui se la pourrissent aujourd’hui

Si les difficultés au changement existent, elles résident donc ailleurs que dans notre potentiel. C’est la science qui l’affirme, et quand elle parle ainsi, je veux bien croire tout ce qu’elle dit !


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