Ramassage improvisé de déchets : comment recycler ou mobiliser joyeusement les gens ?

De passage à Ris-Orangis (Essonne), sous l’effet de la culpabilité d’avoir acheté un sandwich plastifié, j’ai eu soudain envie de ramasser les déchets du square où je l’ai mangé. Ce qui a soulevé des questions à résoudre, et donné l’idée de futures initiatives basées sur le partage d’émotions positives


Le problème : la culpabilité d’acheter un sandwich sous emballage plastique

En descendant du train à Ris-Orangis, par un crachin magnifiant les couleurs et les senteurs de l’été, j’ai eu le bonheur de découvrir au pied des rails le plus joli des écoquartiers : coquelicots et ribambelle de fleurs sauvages, abeilles à foison, verdure folle à perte de vue…

Et, plus tard, voilà que je trahis ma conscience écologique, lorsque je sors de la boulangerie d’un quartier voisin avec mon sandwich de midi emballé dans du plastique

D’autant plus que je n’ai pas pu compenser ma trahison par une conversation de sensibilisation avec la vendeuse en faveur d’emballages sans plastique – En raison d’un problème de compréhension linguistique

Je découvre ensuite, à proximité et avec (dé)plaisir, un square envahis de détritus et chats clandestins – des gamelles trônent derrière un grillage. Alors je m’y installe sous la surveillance des matous

Square aux chats, sandwich entamé et détritus au sol. Cliquer pour voir les images en taille originale


Une solution compensatrice ? Le plaisir de ramasser les déchets

Et c’est là que vient l’envie de tout ramasser. Je termine mon sandwich, je contemple et me prélasse. En face, la médiathèque est exceptionnellement fermée ce jour de juillet 2021, le quartier est calme et une résidence surplombe sans un bruit le square

Je suis alors heureuse de mettre en œuvre ma petite action solitaire et spontanée : l’emballage du sandwich, et un vieux papier, me servent de gants, oh et puis flûte !, c’est plus facile de ramasser papiers ou plastiques propres à mains nues.

Je ressens un plaisir similaire à celui de ma « désobéissance urbaine au pied du noisetier » : voir l’article . Si le bénéfice esthétique est indéniable, j’entrevois quelques problèmes qui se posent, et une solution pour les résoudre


1. Recyclage impossible ou très compliqué

Les déchets étant recyclables – même s’il existe selon Reporterre une controverse au sujet du plastique, qu’il vaudrait mieux supprimer – j’ai des scrupules à les jeter dans la petite poubelle du square.

Alors qu’il existe des bacs de tri accessibles à tous, inexistants à Ris-Orangis, et que Citeo s’évertue à généraliser.

Une solution de fortune serait sinon d’utiliser une poubelle jaune sous mon nez, ou que je sois patiente, et équipée, pour partir à sa recherche

Question : Est-ce que j’ai le droit d’utiliser la poubelle jaune d’une résidence privée, posée sur le trottoir ?


2. Déchets déplacés et non diminués

Les déchets ne sont que déplacés et pas diminués, d’autant plus que mon action solitaire ne peut avoir aucun impact sur autrui, si personne ne me voit derrière sa fenêtre.

Ils sont même augmentés : dans mon élan, je rajoute mon film plastique qui aurait autrement atterri dans la poubelle jaune de mon domicile.

Et je me demande scandaleusement si un plastique oublié dans l’herbe ne serait pas moins nocif pour la planète

Question du bilan carbone : quel impact, pour un plastique stagnant dans la nature, ou brûlant dans une déchetterie, ou traité en recyclage ?

Le square est nettoyé et les déchets trônent sur le banc avant d’être jetés


3. Résolution des problèmes : s’équiper au quotidien et créer un échange joyeux

Et c’est sous l’impulsion du plaisir d’agir qu’émerge une réponse de mon cerveau heureux. Et si j’anticipais l’envie spontanée de ramassage – focalisée sur le recyclable – tout en favorisant l’échange qui peut sensibiliser à la question des déchets ?

  • Recyclage impossible ? Avoir sur soi sacs poubelle et gants

Souvent frustrée lors de mes balades à n’être pas équipée pour ramasser plastiques ou papiers gras, j’espère enfin penser à mettre au fond du sac, 2 sacs poubelles et des gants par exemple

Ce qui permet de remplacer la frustration de ne rien ramasser (parce que quantité trop importante, ou autre), par la satisfaction de sélectionner des déchets à recycler : à emporter et jeter dans le prochain conteneur

Et de laisser place à l’impulsion fantaisiste, capable de surgir en présence de témoins

  • Déchets à diminuer ? Créer un échange joyeux pour sensibiliser

Ce plaisir d’agir crée un cercle vertueux qui ouvre à l’autre, ou attire à soi. Elle donne envie de partager sa joie, mais comment faire si personne ne nous voit ?

Dans le square, et si j’avais chanté une chanson pour attirer les curieux de la résidence d’en face ? Allez, je travaille ma voix, je trouve la chanson, et la prochaine fois, je relève le défi

Avoir le corps en mouvement, dans une action joyeuse, donne un socle pour désamorcer l’aigreur d’autrui – envers notre trifouillage de détritus – ou pour dépasser toute émotion négative : comme une pointe de colère envers les pollueurs ou un groupe de glandeurs qui nous regardent

Et une fois un contact joyeux établi, on crée aussi l’envie de s’en souvenir. Est-ce un manque, si nous ne sommes pas en mesure de communiquer des infos sur la question des déchets ? L’important, c’est sans doute l’émotion partagée, et d’associer « vilain papier gras » à « fille sympa » pour créer l’envie d’agir à son tour

Mon anecdote : Sur un banc dans un jardin, un homme d’apparence triste et désocialisée jette ses mégots par terre. D’humeur positive, surpassant ma contrariété, je vais vers lui et lui partage mon ressenti. Je lui propose alors de ramasser les mégots avec moi : son visage s’illumine, il est d’accord et il propose même un gobelet vide pour les y mettre. S’ensuit une conversation anodine, avant de reprendre mon chemin


Épilogue d’un monde d’après

Face à l’urgence climatique, on voit éclore pléthore d’actions aux postulats philosophiques divergents. Est-ce qu’on peut s’en sortir en négligeant la relation à l’autre, fondement de toute société, et les émotions qui la gouvernent ?

Se focaliser sur la triade joie d’agir-relation à l’autre-action climatique, voilà une clé qui permettrait de prendre soin à la fois de la planète, de soi, de tous les vivants.

Mais elle permettrait aussi aux événements de se transformer pour la réaliser. Ainsi, de ma culpabilité est née l’envie de ramasser les déchets, et d’une action isolée sont nées des idées pour la partager. Mais aussi, un article de blog !


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