Flash Maghreb à Hambourg : ces voix de la France qui me manque(nt)

Photo : Niklas Ohlrogge sur Unsplash

Au cours de mes 3 ans de séjour dans la cosmopolite Hambourg, sous l’emprise d’un conflit franco-germanique, voilà que mon cerveau épuisé me met face à une drôle de sensation. Petit récit d’une émotion fugace et de la conscience de nos identités multiples


Un jour de 2008 ou 2009, ligne U1 à Hambourg, je me prélasse dans ce métro confortable : de la place pour étaler les jambes, des reposoirs pour les gobelets de café, vendus dans les nombreux estaminets sur les quais de la ville.

Monde latin versus Germanie

Une ligne de métro confortable, en Allemagne, on appelle ça un pléonasme, à Paris, un contresens – Même si les lignes 7 et 13 sont plus spacieuses, elle ne rentrent pas en concurrence avec les infrastructures d’un peuple germanique qui réclame une plus grande distance sociale

Mais en ce jour de 2008 ou 2009, c’est qu’il me manque, Paris et son métro pourri. Paris ! Paris pollué ! Paris aux trottoirs encombrés ! Paris détesté ! Mais Paris à distance adoré

Des Français abrupts et cassants, qui s’énervent pour un rien, et dont en bonne Française je me plains à qui veut m’entendre, voilà qu’il me manque le revers de la médaille :

  • Le voisin de table dont le visage bougonne avant même d’ouvrir la bouche, débordant du buste sur votre assiette et d’authenticité chiante, mais tellement vivifiante
  • Le plaisir du small talk, à parler pour ne rien dire, vu qu’on ne s’écoute pas, et qu’on ne vous agace pas non plus à demander de préciser le pourquoi du comment de ce que vous venez d’oublier de dire
  • Les gens du métro ou de la rue qui vous regardent au lieu de râler – et qui déversent leur franchise si vous leur demander ce qu’il se passe, à discuter à n’en plus finir

Et inversement, des Allemands (du Nord ?) si matures, voilà que je ne supporte plus l’humeur paisible capable de faire s’évanouir le début d’un énervement. Réduisant à néant un potentiel échange de paroles :

  • La caissière à qui je demande plusieurs fois si tout va bien – parce qu’elle vient de me faire une sale mimique – répond invariablement d’une humeur placide : « Tout va bien »
  • L’indifférence au small talk du serveur au comptoir, qui se fige en statue, dans l’attente de ma commande du burrito et que je cesse de parler d’autre chose
  • Les gens du métro ou de la rue qui ne vous regardent même pas en coin – alors qu’ils sont très chaleureux si vous prenez l’initiative de la parole

Melting-compote de mon cerveau immigré

Dans le métro, ce jour de 2008 ou 2009, je divague et me prélasse. C’est une période où je flotte entre 2 mondes, lorsque je n’escalade pas un mur pour passer de l’un à l’autre.

Une période qui me demande de devenir allemande et un peu moins française. Je suis pourtant tombée dans un chaudron de langues et de culture dès la petite enfance

Et soudain, je les entends et je les vois, ces 2 filles qui parlent trop fort, et se lèvent trop vite pour sortir. Que parlent-elles ?, je ne sais pas. Mais mon cerveau, lui, perçoit 2 Françaises sous quelques mots d’un arabe du Maghreb. Et ça me catapulte vers une soudaine, intense et fugace nostalgie de la région parisienne

Il faut dire que c’est une période, où j’entends des notes de piano dans ma tête, pour échapper au langage, où la mémoire de mes grand-parents me ramène à leur Espagne natale.

Alors que coule dans mes veines des gènes inconnus – germaniques ? – plantés en 1917, près d’un champ de bataille de la Somme

Langue familière et identité multiple

À Hambourg, on y voit des gens du monde entier. Et une ribambelle d’enfants, que les jeunes parents, lassés de Berlin, préfèrent faire pousser au seuil de la bien nommée et méconnue « Porte sur le monde ».

Car on y vient pour quelque prétexte, et on découvre, charmé, un bassin de cultures et de verdure, où s’épanouissent tous les styles de vie dans la meilleure ville au monde pour « faire la fête »

Et toute cette diversité se brasse et colore la placide et froide chaleur du Nord. Ces 2 jeunes femmes, que parlaient-elles ? Un dialecte arabe, une langue turque ou d’Asie centrale ?

Qu’importe ce que mon cerveau magicien a perçu, lui qui a sans doute à juste titre entendu une langue d’Afrique du Nord – puisqu’il voit mieux le réel que la conscience qui interprète

Qu’importe, car ce qui reste, c’est ce flash instantané. Cette émotion qui, me tirant brutalement de ma rêverie flottante et associant ma perception de voix maghrébines au manque de Paris, m’a soudain éveillé à la conscience que

Le Maghreb fait partie, à moi aussi, de ma culture française

Et un jour, j’ai quitté la verte, fabuleuse et froide Hambourg, pour les ronchons de Paris et son métro pourri


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