Melting-compote de langues, en Patagonie ou ailleurs

Photo retouchée : SIphotography sur iStock

Vous pensez qu’être polyglotte est une chance dans la vie ? Hélas… L’ouverture aux autres ne se réduisant pas au plurilinguisme, nous avons au contraire tout à envier des monolingues, autorisés à recourir au seul non-verbal en contexte international. Ignorant ainsi les foulures au cerveau, quand les langues s’emmêlent. Ce qui laisse après-coup quelques anecdotes cocasses à raconter


1. Elle me parle en espagnol, mais j’entends du français

Voilà 8 mois que je suis sur le continent sud-américain.

Après la fraîcheur tropicale des Andes, la canicule de janvier à Santiago, et la cueillette de mûres en mars sur l’île de Chiloe, je m’échoue pour 15 jours, amorphe et lessivée, dans un hostel de Bariloche : dans cette porte d’entrée vers la Patagonie argentine, les baroudeurs du monde entier pullulent.

Ça parle plein de langues, mais pas le français. Hormis une ou deux Suissesses allemandes qui apaisent mon cerveau fatigué de quelques mots de ma langue maternelle.

À ce moment-là, je batifole à peine mieux qu’un enfant de 3 ans, entre l’anglais ou l’espagnol. Me serais-je mise en grève linguistique, à réclamer implicitement un environnement franco-français ?

Car lorsqu’un jour j’arrive à échanger quelques phrases en espagnol, debout dans la chambre, je sais pertinemment que mon interlocutrice ne parle pas un mot de français. Alors pourquoi j’entends à un certain moment ma langue dans sa bouche ?

Je lui manifeste ma surprise : « Ah ! Mais tu parles en français ? ! ». Heureusement, un fond d’intelligence me signale aussitôt mon bug, qui laisse mon interlocutrice plus désappointée que moi

2. La bière, ça aide vraiment à parler (un anglais oublié)

En voyage, impossible de ne pas croiser un pub anglais ou un des nombreux Anglais qui surfent sur le monde.

Alors, lorsque j’arrive à Ushuaïa, tout excitée d’être dans la ville la plus au Sud de la planète, je suis heureuse de retrouver, dans cette paisible bourgade, des repères urbains de l’hémisphère Nord.

Et j’ai à peine le temps de sympathiser à l’hostel avec un couple d’Anglais, que je trinque déjà au pub du coin.

Mais l’inconvénient d’être 3 quand 2 sont un couple d’Angleterre – et que le couple est correctement éduqué –, c’est d’avoir 2 visages braqués vers soi qui ne parlent pas un mot de français, et ne laissent pas un moment pour échapper à la conversation

Quelle ne fut donc pas ma peine pour enclencher le rythme, aux première gorgées de bière.

Mais mon cerveau – qui a pu se reposer le mois passé en environnement francophone, comme dans les Mémoires de Simone de Beauvoir, et qui est à présent aidé par un demi à moitié ingurgité – se réveille, s’enthousiasme, et le débit de parole s’embrase.

Me laissant hilare, d’avantage à constater ma facilité d’expression qu’en raison de la boisson.

Car, que les choses soient claires : je ne raffole pas de l’alcool, et je revendique plutôt le droit de pourvoir trinquer au jus de légumes lacto-fermenté

3. Je veux parler en allemand, mais je pense en espagnol

Une bonne année s’était écoulée depuis mon retour d’Amérique du Sud, lorsque l’un de ces moments de solitude s’est produit ce jour-là.

Ce moment où j’essaye de parler dans une langue, alors que ce sont les mots d’une autre langue qui cognent en tête

J’étais depuis peu à Hambourg, lorsque je rentre dans un café pour demander un renseignement. Une serveuse paisible et détendue m’accueille (= un pléonasme à Hambourg), mais ses yeux deviennent vite aussi rond que ma bouche grande ouverte qui n’arrive pas à dire un mot. Et la scène se fige ainsi durant quelques secondes

Je m’en suis sortie en verbalisant quelques mots en français, et l’allemand m’est revenu aussi vite qu’il était parti. J’explique la situation, ce qui nous amuse bien. Et je retiens ce recours salvateur en pareille situation

La solution : dès qu’une autre langue se manifeste, avoir le réflexe de penser dans sa langue maternelle pour retrouver instantanément le chemin vers la bonne langue

4. Je parle anglais (à des Anglais) avec un accent allemand

Je suis rentrée de Hambourg depuis peu, et je suis dans une maison de vacances quelque part en France.

C’est-à-dire dans une maison louée par de vieux amis de la famille venus du nord de l’Angleterre – le Yorkshire – pour se réfugier au soleil de l’ouest français.

Et quand on a survécu aux 40e Rugissants de la Patagonie, on peut tout affronter, même une conversation avec l’accent incompréhensible du Yorkshire.

Il faut dire, que si j’ai préféré plonger dans l’allemand à 11 ans, c’était sans doute pour tourner le dos à l’anglais de ces mêmes amis, rencontré(s) à 10 ans chez eux : le mélancolique pays des Moors (collines typiques) et des sœurs Brontë.

Et soudain, je me rends compte que ma prononciation cloche : on me confirme que j’ai bien une pointe d’accent ramené de Hambourg.

Ce sont peut-être 2 langues cousines germaniques, mais ça sonnerait aussi bizarre si l’Anglaise francophone du groupe me parlait français avec un accent anglo-espagnol !

J’en suis si bien imprégnée que je reproduirai cette pointe d’accent en d’autres circonstances, et qui menace encore aujourd’hui de resurgir

Mais, que les choses soient claires : j’aime l’ambiance du Nord, le tea time et le pudding, et je maudis le Brexit

Vous êtes spécialiste des neurosciences ou vous avez connu des expériences similaires ?

Si vous avez une anecdote ou un savoir à partager, n’hésitez pas à écrire un commentaire. Histoire de dissuader d’apprendre des langues… ou d’aider à élaborer des stratégies pour vivre harmonieusement la diversité linguistique


Un commentaire sur “Melting-compote de langues, en Patagonie ou ailleurs

  1. Divertissant, agréable à lire. Que de souvenirs. Bravo de me rafraîchir la mémoire.

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