Plante un sourire et récolte du plantain anti-piqûres

Photo : Peter Birch sous licence Creative Commons

C’était pas garantie d’avance, le sourire. En ce mois de mai 2020 de post-confinement, les parcs et jardins d’Île-de-France sont toujours fermés au public. Alors, lorsque je traîne ma mère jusqu’à un rare espace de verdure, j’ai plutôt envie d’y fuir les gens qui s’y agglutinent


Longeant le grillage de l’espace Rodin, à Meudon, le sentier des Mauduits attire la foule, en ce temps de (dé)confinement. Ce qui me contrarie un poil. Parce que je veux bien laisser les asticots batifoler dans les jardins, leur ôter la crainte d’être écrabouillés par des pieds humains, si seulement je peux rester éloignée des autres pieds, lorsque je sors avec ma frustration végétale.

Un potager sauvage à Meudon

Et justement, deux personnes avec un chien discutent devant mon « potager sauvage ». Car lorsqu’il n’est pas ratiboisé par les jardiniers, le sentier remplit régulièrement mon bol alimentaire en :

  • Ortie, un superaliment en soupe, salade ou grignotis coup-de-fouet sur le pouce ;
  • Lamier blanc, sa cousine qui lui ressemble, plus douce et délicieuse en infusion ;
  • Berce commune, qui se mange comme les blettes ou les épinards, et qui supporte merveilleusement bien un séjour au frigo. Une plante couramment consommée, jadis, dans les campagnes.

Et ce jour-là, il faut bien que je parle à ces personnes pour les maintenir à une bonne distance sociale. D’avantage connectée aux plantes qu’aux humains, lorsque je me rends au sentier des Mauduits, je suis en général peu encline à initier un bardavage.

Mes promenades étant avant tout des promenades de cueillette : un moment de partage avec les plantes, une attention que je leur accorde pour prendre ce dont j’ai besoin, en évitant de leur faire du mal.

Fonte des glaces sous chaleur humaine

C’était sans compter sur l’attitude chaleureuse de ces jeunes personnes, qui me donnent une bonne leçon de partage. Si je suis un peu contrariée d’annoncer ma cueillette de berce et d’ortie à l’endroit où ils discutent, ce sont des visages curieux et ouverts qui se tournent alors vers moi.

J’ai peut-être envie d’être tranquille avec les plantes, j’ai cependant toujours plaisir à faire part de mes cueillettes. Alors, le jeune homme se montre intrigué, alors, la jeune femme s’enthousiasme au souvenir des bonnes soupes d’orties de sa grand-mère. Puis, ils emmènent le chien un peu plus loin.

Découverte du plantain lancéolé

Oui, je suis convaincue que c’est cette ouverture inconditionnelle, cette chaleur spontanée qui a entraîné le petit enchaînement suivant :

  • J’aperçois les jeunes gens venir dans notre direction
  • Chose rare en dehors de toute communication verbale, je plante mon regard droit sur la jeune femme et je lui souris
  • Enquiquinée par ses piqûres d’orties toutes fraîches, elle me demande si j’en connais un remède
  • Je pense spontanément au plantain, je scrute de près le bord du chemin
  • Je trouve du plantain lancéolé
  • Je réponds à une foule de questions

Mode d’emploi du plantain contre les piqûres

Qu’il soit grand ou lancéolé, le plantain, très commun dans nos régions, se décline en plusieurs variétés. C’est un classique de la cuisine végétale. Pour profiter de ses bienfaits contre les piqûres d’orties ou d’insectes, il faut :

  • Déchirer plusieurs feuilles
  • Les froisser, pour en extraire le suc
  • Les frotter contre les piqûres

Et c’est ainsi que la jeune femme ressent un soulagement rapide. Minuscule et massacré par les chaleurs de mai et juin, ce plantain n’aura pas survécu lorsque je reviendrai en saisir une photo.

Mais il aura rendu service, les jeunes s’en souviendront peut-être, et en parleront autour d’eux. Et je sais désormais qu’il existe à cet endroit, et qu’il reviendra.

Ces plantes qui nous apaisent

Comme je médite pour apaiser les tensions, réveiller chaleur spontanée et ouverture inconditionnelle, je rentre méditer sur cette histoire : un sourire et un regard créent des échanges inattendus. Et apaisants.

En redescendant sur Issy-les-Moulineaux, nous nous amusons des plantes qui poussent en vrac, au bord des trottoirs. La mine enjouée, nous inspectons le bord d’un talus. Un homme fume une cigarette roulée. Il sourit, il nous parle. C’est alors que ma mère lui balance ingénuement :

Vous vous y connaissez en herbe(s) ?